[Critique/Analyse] Le Run de Snyder – La Relève

Nous allons maintenant nous intéresser au dernier arc du run de Scott Snyder, qui met en avant le commissaire Gordon dans le rôle du justicier masqué. Pour ceux qui ne se seraient pas encore lancés dans la lecture de cet event, je tiens à vous prévenir que mon analyse contient de nombreux spoilers. A vos risques et périls !
C’est donc partie pour la dernière analyse du run !


Résumé

Lors de leur dernier affrontement dans une caverne, le Joker et Batman sont présumés morts, tués par un éboulement. Bien que les gothamiens se réjouissent de la mort du Clown Prince du Crime, la cité est endeuillée et pleure la perte de son protecteur. Un vide s’est créé et les autorités redoutent que le taux de criminalité reparte à la hausse. La société Powers, qui a racheté l’intégralité des actifs de Wayne Enterprises suite aux évènements relatés dans Batman Eternal, en collaboration avec les forces de police et la mairie de Gotham, développe un programme Batman. L’objectif ? Utiliser les ressources combinées des entreprises Powers et Wayne pour développer une armure de combat à l’effigie de l’homme chauve-souris ainsi qu’une batterie d’équipements et d’armement pour appuyer ce nouveau justicier dans sa lutte contre le crime. La principale différence avec Bruce Wayne est que ce programme est développé dans un cadre légal. En effet, le nouveau Batman devra respecter les règles et les lois et intervenir uniquement sous la supervision de la mairie et de la police. Le nouveau Batman ne sera donc pas un justicier solitaire, agissant dans l’ombre, mais bien un membre à part entière de la force gothamienne de lutte contre le crime. Mais pour mener à bien ce projet, il faut un homme assez fou pour enfiler le nouveau costume (sans cape) et l’armure de combat pour aller directement sur le terrain. Et l’homme qu’a choisi Gerry Powers, la PDG de Powers Industries, au terme de longues négociations n’est autre que le seul ami connu de Batman : James Gordon.

Le commissaire et ancien Marine, après avoir accepté la mission qu’on lui proposait, a dû démissionner de la police, subir un entraînement physique intensif, arrêter de fumer (ou presque) et même raser sa moustache. Il sera aidé dans ses missions par Julia Pennyworth, qui se présente sous un faux nom, et Daryl Gutierrez, ami de Duke Thomas. Le nouveau Batman est équipé d’un costume ultrarésistant et bourré de technologie, d’une bat-ceinture toujours aussi remplies de gadgets et d’un pistolet à Batarangs. L’armure quant à elle, d’un bleu électrique, est équipée de tout un arsenal d’armes modernes, d’un système de camouflage et de deux antennes situées de manière à symboliser les oreilles de la chauve-souris. La forme a même inspiré des internautes qui ont surnommé l’armure Bat-Chappie, en référence au robot du film de Neil Bloomkamp. Pour finir, toute l’équipe se déplace dans un dirigeable géant équipé d’un Bat-Signal.

Le nouveau Batman démarre donc sa carrière en affrontant successivement deux criminels connus des services de police, sauf que ces derniers ont désormais des super-pouvoirs assez destructeurs. Il parvient à les battre cependant, il ne pourra pas les interroger puisqu’ils meurent chacun de manière inexpliquée à la fin des combats. Le médecin légiste apprendra à Batman que ses deux adversaires ont pour point commun d’avoir implanté dans leur cheville une graine. C’est cette graine qui a développé les pouvoirs des criminels et c’est également elle qui les a tués à cause des radiations qu’elle génère. Jim Gordon apprendra également que d’autres criminels ont été dotés de ces fameuses graines mais qu’ils n’ont pas réussi à développer des pouvoirs et sont décédés prématurément.

Un nouveau Batman pour protéger Gotham de nouvelles menaces

En parallèle, Julia Pennyworth, en fouillant la zone du combat fatal entre Batman et le Joker, découvre, à sa grande surprise, que Bruce Wayne est vivant et en parfaite santé, toutes ses cicatrices ont disparu, mais est amnésique. L’hypothèse avancée par Julia à cette guérison miracle est que Bruce Wayne est entré en contact avec le dionésium suite à l’effondrement de la caverne. Alfred se charge de lui raconter son passé, à l’exception de son identité secrète, et de lui trouver un travail au centre pour enfants Lucius Fox, dirigé par Julie Madison, la petite amie de Bruce quand il était au lycée. Bruce Wayne, vit sa vie paisiblement et noue même une relation avec elle. Cependant, il n’est pas réellement lui-même et même Superman affirme que ce n’est plus la même personne.

Mais le passé de Bruce Wayne va bientôt le rattraper. En effet, Jim Gordon se rend au centre pour enfants Lucius Fox en civil pour rendre visite au jeune milliardaire. Il a amené avec lui l’une des graines et demande à Bruce Wayne de la faire analyser. Wayne Enterprises ayant officiellement soutenu et financé les actions de Batman, il sollicite son aide afin de faire avancer son enquête. C’est d’ailleurs le premier acte de rébellion de Gordon, puisqu’il vole la graine et mène une enquête de son côté, en dehors du système et des garde-fous qu’il s’était engagé à respecter.

Bruce Wayne refuse  d’aider Gordon car il affirme ne plus être le même et ne plus avoir les mêmes motivations. Gordon laisse toutefois la graine entre les mains de Wayne dans l’espoir qu’il l’aidera malgré tout. Ne souhaitant pas attendre, le nouveau Batman organise avec sa petite équipe une mission clandestine pour se rendre dans le repaire du dernier criminel boosté à la graine qu’il a affronté. Cependant il se fait prendre en embuscade et ne parvient à s’en sortir que grâce à l’arrivée de son armure, qui dispose d’un mode automatique. Malheureusement pour Gordon, cela signifie que l’ensemble des personnes impliquées dans le programme Batman est au courant de sa mission secrète, ce qui ne plait pas à Gerry Powers, qui décide de virer Gordon et de l’annoncer à sa prochaine conférence.

Lors de cette soirée, Mr Bloom, le créateur des graines de superpouvoirs, fait son entrée en envoyant un dirigeable dans l’immeuble où se tient le discours de Mme Powers. Mr Bloom est un grand personnage, filiforme, qui peut allonger à volonté n’importe quelle partie de son corps. Il porte une combinaison noire et une cagoule ornée d’une fleur, la même que celle qui apparaît sur les graines.

La première rencontre entre Bloom et Batman, qui était présent à la soirée, se solde par la fuite du criminel, alors en mauvaise posture. S’en suit une seconde confrontation, au cours de laquelle Mr Bloom prendra le contrôle de l’armure de Batman. Jim Gordon doit redoubler d’intelligence et d’astuce pour parvenir à détruire son armure avant d’affronter Mr Bloom. Mais sans son armure, le combat semble perdu d’avance et Gordon doit utiliser un « neutraliseur de pouvoir » qui lui permet de capturer Bloom.

Alors qu’il retrouve son équipe dans le Bat-camion, Jim savoure sa victoire et s’apprête à soulever le masque de Mr Bloom quand le véhicule se fait attaquer par un groupe d’une dizaine de Mr Bloom. Le groupe libère son leader et Gordon est pris en otage, ce qui marque le début de la confrontation finale.

En parallèle, nous suivons Bruce Wayne qui prend conscience petit à petit de son passé, notamment en rencontrant un homme qui semble être le Joker mais soigné de toutes ses blessures y compris de son plongeon dans la cuve de ACE Chemicals. Bruce, éclairé par cette conversation et ces sous-entendus se rend à l’évidence : il est Batman. Il demande à Alfred, au grand dam de celui-ci, de le conduire à la Batcave, où il pense trouver une solution pour retrouver l’intégralité de ses souvenirs et des compétences qu’il a acquis grâce à son entraînement intensif.

Alfred indique à Bruce une machine que Batman avait conçu dans le but de copier et d’implanter sa conscience et ses souvenirs dans des clones qu’il aurait créé afin que Batman puisse exister indéfiniment. Bruce utilise donc cet engin et parvient, à la suite d’une mort cérébrale à revenir à lui : Batman est de retour !

Venant en aide à Jim Gordon, démasqué par Mr Bloom, Batman fait une entrée en scène fracassante, vêtu d’un nouveau costume. L’affrontement final entre Batman et Mr Bloom s’en suivra, à grands coups de robots, d’armures, d’actes de bravoure et de sphères énergétiques que je vous laisse découvrir en lisant les dernières pages du run.


Critique et Analyse

Ce dernier arc des aventures du Chevalier Noir de l’ère New 52 présente, à l’instar des précédents, de grandes qualités au niveau des illustrations et de la mise en scène. La différence majeure réside dans le choix audacieux de remplacer Bruce Wayne par Jim Gordon. Ce n’est pas la première fois que le jeune milliardaire est remplacé sous la cape du justicier, mais là, tout change. Déjà, le nouveau Batman n’est pas un membre de la Bat-Family, n’a pas suivi son entraînement, et de surcroît, agit légalement, pour le compte de la police de Gotham mais aussi au nom d’une entreprise privée.

Cette décision scénaristique, un peu tirée par les cheveux, a été beaucoup critiquée par les internautes, notamment l’armure « Bat-Chappie« . Néanmoins, l’idée est osée et permet d’explorer plus en détail la relation liant Batman à Jim Gordon et plus particulièrement l’admiration portée par l’ancien commissaire pour le Chevalier Noir. Tout cela insuffle, en quelques sorte, un souffle nouveau avec une nouvelle équipe, de nouveaux adversaires et de nouveaux enjeux. On appréciera notamment l’humour, qui manquait cruellement dans les tomes précédents.

Cependant, malgré l’audace et l’origine du postulat scénaristique de départ, on est obligé de constater que le scénario est le gros point négatif de cet arc. Entre les facilités, le retour de Batman et l’enquête de Duke Thomas, le lecteur a vraiment l’impression d’être face à une série B. Là où on pouvait espérer une histoire originale et novatrice qui marquerait le Batverse, Snyder nous propose un nanar largement oubliable.

Au delà de ces généralités, je souhaiterais plus particulièrement insister sur quelques points précis. Tout d’abord, la fin des New 52 approchant et le Rebirth pointant le bout de son nez, Snyder avait les mains libres pour écrire une histoire totalement inédite avec la seule contrainte de revenir au statu quo initial. L’avantage de cette situation a permis à Snyder d’avoir un peu plus de liberté scénaristique mais le revers de la médaille est bien sombre. En effet, les ficelles qui sont tirées pour faire revenir le vrai Batman sont tellement épaisses et grossières qu’on n’arrive plus à y croire.

D’ailleurs, le chapitre consacré au retour de Batman lui-même est extrêmement tiré par les cheveux. Pour résumé, avant de « mourir », Bruce Wayne a imaginé une machine permettant de copier et transférer sa conscience et sa mémoire dans des clones afin de créer une lignée de Batmen. Cependant, le transfert de tant d’informations, de souvenirs et de savoir-faire était un choc trop important à supporter pour chacun des clones. En conclusion, seul le vrai Batman peut redevenir Batman. Bruce Wayne, décidé à retrouver tous ses souvenirs, s’installe dans la machine et demande à Alfred de la mettre en route, l’obligeant à lui faire subir une mort cérébrale. En effet, c’est la seule façon pour que le cerveau de Bruce Wayne puisse assimiler l’ensemble des souvenirs nécessaires à son retour.

Bref, tout un chapitre pour ça, le fait de faire subir une mort cérébrale à Bruce Wayne pour qu’il puisse revenir, et les visions que la machine impose à Bruce en font un des chapitres les moins intéressants du run. Néanmoins, ces pages sont rattrapées par la manière dont Alfred gère le retour de Batman. Tourmenté par des années de croisade, les blessures, les épreuves, les souffrances subis par Wayne et par lui-même (sa main a été coupée par le Joker durant l’arc Mascarade), Alfred supplie Bruce de renoncer car il se refuse à le voir abandonner une nouvelle vie heureuse aux côtés de Julie Madison. Dans les quelques phrases prononcées par Alfred, Snyder parvient à faire ressentir au lecteur tout l’amour que le majordome porte à Bruce et la souffrance de le voir redevenir Batman.

Un autre défaut de cet arc est l’importance donnée au récit à Duke Thomas. Duke Thomas est le jeune homme dont les parents ont soigné Bruce Wayne lors de l’An Zéro. Puis le Joker a utilisé cette famille pour mettre en scène, sous les yeux de Batman, une parodie du meurtre des parents de Bruce. On retrouve Duke dans la Relève, en train d’enquêter sur la disparition de ses parents dans le costume de Robin ! Quelle surprise ! En fait, pour savoir comment le jeune Duke a enfilé le costume du jeune prodige, il faut avoir lu les events La Guerre des Robin et  We are Robin, dans lesquels on découvre tout un groupe d’adolescent souhaitant aider, de loin, le Chevalier Noir. Ces jeunes vont donc revêtir les couleurs rouges, jaunes et verts, puis, après s’être faits remarquer, vont être entraînés par les vrais Robin. Le groupe des Robin sera dissous suite aux Lois Robins mais Duke Thomas continuera à porter son costume, notamment pour retrouver ses parents. Mais tout cela, il est impossible de le connaître ou de le comprendre si l’on se contente de lire les chapitres signés par Snyder, et il est bien dommage qu’il faille lire des events « secondaires » pour comprendre comment un personnage a pris une si grande importance dans le titre principal consacré au Chevalier Noir.

Enfin, l’omniprésence du Joker est à nouveau une critique que l’on peut faire à l’oeuvre de Snyder. Tout au long de l’arc, Bruce Wayne, amnésique, se rend régulièrement au bord d’un lac pour réfléchir. Un soir, un homme étrange vient à la rencontre de Bruce Wayne et engage la conversation avec le jeune milliardaire. On se rendra rapidement compte que cet homme n’est autre que le Joker, lui aussi amnésique et lui aussi guérit de toutes ses cicatrices. Et bien que Bruce Wayne ait déjà des doutes et ait perçu des indices lui faisant penser qu’il était le vrai Batman, c’est la conversation avec le Joker amnésique, et l’imminence de l’affrontement final, qui lui révélera sans le moindre doute la vérité et lui donnera la force et la détermination de se rendre au manoir Wayne afin de recouvrer sa mémoire et son identité.

Donc, lors de l’An Zéro, c’est Batman qui a involontairement créé le Joker au cours de l’affrontement à Ace Chemicals, autant là, c’est le Joker, même amnésique, qui pousse Bruce Wayne à revêtir le masque de Batman. Une nouvelle fois, le Joker a une importance déterminante dans ce run et, au risque de me répéter, je trouve dommage que le Joker soit au centre des événements les plus importants vécus par Bruce Wayne.

Ces quelques défauts ayant été évoqués dans le détail, il est maintenant temps de conclure. Le run de Snyder est bon, avec de magnifiques moments de bravoure, de belles illustrations, de nouveaux super-méchants originaux et des anciens ennemis réinventés. Cependant, la série souffre de lacunes, la principale étant scénaristique.

Néanmoins, la série Batman des New 52 marquera l’histoire du Chevalier Noir à coup sûr, notamment en redéfinissant les origines du personnage. Mais Scott Snyder n’en a pas fini avec le justicier car on peut le retrouver sur une mini-série intitulée Batman All-Star, dont les retours sont plutôt positifs pour l’instant.

J’espère en tout cas que cette série d’articles vous aura plu et je tiens à vous remercier de l’avoir lu jusqu’au bout (rien que ça c’est déjà un exploit). Je remercie également les autres membres de l’équipe de Batman Univers pour leurs conseils et leur aide durant l’écriture de cette analyse. Enfin et surtout, je vous invite à réagir et à débattre en commentaire.

Chers amis gothamiens, lisez des comics et à très vite !

 

 

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