[Critique/Analyse] Le Run de Snyder – Passé, Présent, Futur / Mascarade

Après l’An Zéro, nous nous attaquons maintenant aux deux tomes suivants du run : « Passé, Présent, Futur » et « Mascarade ».


Résumé


Passé, Présent, Futur

Pas grand-chose à dire sur ce tome qui se veut être un tome « d’attente », regroupant des histoires courtes (un ou deux épisodes maxi). De plus, toutes ne sont pas de la plume de Snyder, et le choix éditorial opéré ici par Urban Comics est critiquable. Néanmoins, il nous permet d’avoir accès à des récits qui s’inscrivent dans la continuité du run de Snyder, évoquant notamment les conséquences de l’An Zéro. D’autres néanmoins, reposent sur le deuil de Batman face à la perte de son fils, Damian, qui intervient dans les albums Batman & Robin. Du coup, on se demande si ces épisodes n’auraient pas mieux fait d’être inclus à la suite d’un des tomes de cette série.

Quoi qu’il en soit, certains des épisodes qu’on peut lire dans ce tome sont excellents, à l’instar de L’Homme de Nulle Part ou Cages. A contrario, d’autres sont carrément dispensables, comme Feu Follet. Dans cette histoire en deux épisodes, Superman vient apporter un soutien moral à Batman suite à la mort de Damian. Cependant, le Chevalier Noir ne souhaite pas parler de lui mais invite l’Homme d’Acier à l’accompagner dans son enquête sur la disparition de plusieurs personnes. L’enquête les amènera rapidement dans un appartement où un jeune homme a procédé à un sortilège d’invocation, réveillant ainsi une forme démoniaque. Superman est en difficulté face à cette magie contre laquelle ses pouvoirs sont inefficaces et c’est l’intelligence de Batman qui permettra de renvoyer leur adversaire dans sa dimension. Le dessin de faible qualité, la dimension magique peu intéressante et l’inutilité scénaristique de Superman (la magie l’atteignant au même titre qu’un humain lambda, Superman aurait pu, par exemple être remplacé par Nightwing ou Batgirl) sont les principaux éléments rendant ce récit plus que dispensable.

Ce tome, s’inscrivant dans la continuité du run de Snyder est vraiment un tome « parenthèse » et s’adresse, à ce titre, aux fans avant tout. Vous pouvez donc passer votre chemin si vous souhaitez vous contenter des arcs principaux. Ne nous attardons pas plus dessus et passons directement à l’arc suivant « Mascarade ».


Mascarade

Ce nouvel arc, contenu dans le septième tome de ce run, fait suite aux évènements relatés dans le Deuil de la Famille et surtout de Batman Eternal. En effet, Julia Pennyworth fait maintenant partie intégrante de la Bat-Family. Bruce, Julia et Alfred discutent dans un des repaires de Batman, en centre-ville de Gotham, lorsque Wonder Woman traverse la baie vitrée et s’en prend directement à Bruce. Celui-ci parvient à attraper sa Bat-ceinture avant que Wonder Woman ne l’emporte dans le ciel.

Batman utilise un de ses gadgets pour se libérer temporairement de l’emprise de Wonder Woman et déclencher son protocole de secours en cas d’attaque de la Justice League. Ce protocole permet à Batman de se défaire de Wonder Woman, d’Aquaman, de Flash, de Green Lantern et enfin de Superman. En les examinant, Batman s’aperçoit qu’en réalité, les membres de la Justice League ont été empoisonnés par le Joker et « programmés » pour s’attaquer au Chevalier Noir.

L’homme chauve-souris découvre donc que son pire ennemi est toujours en vie et qu’il est de retour. Batman se rend à Arkham pour enquêter et rencontre Eric Brody, un membre du personnel de l’asile. A la fin de la conversation, Eric Brody enferme Batman dans l’une des cellules d’Arkham puis lui révèle sa véritable identité : le Joker. Cette fois-ci, il veut s’attaquer à Batman, mais pas via la Bat-Family comme la dernière fois mais en libérant sur Gotham City un virus transformant les citoyens en zombies hilares.

Batman va tout mettre en œuvre pour trouver un remède à ce nouveau virus, en interrogeant notamment un ancien collègue du Docteur la Mort, le docteur Dekker qui lui révèle que le Joker a mis la main sur une substance dérivée des puits de Lazare utilisés par Ra’s Al Ghul, le dionésium, qui permet de régénérer toutes ses blessures. C’est grâce à cette substance, que le Joker a pu revenir, et a pu, à partir de cette même molécule,  développé son nouveau virus, en inversant ses effets. De plus, le docteur Dekker, dans sa folie, affirme que le Joker est immortel et qu’il hante Gotham depuis toujours.

En parallèle des efforts menés par Batman pour ramener le calme à Gotham, Julia enquête dans les archives de Gotham et découvre qu’un homme mystérieux, souriant, apparaît sur des photos à la suite de chaque évènement tragique qu’a pu subir la ville depuis des décennies, renforçant ainsi la théorie de l’immortalité du Joker. Batman, lui, refuse d’y croire et, occupé par les gothamiens zombifiés, ne parvient pas à protéger Jim Gordon, blessé par le Joker. Batman est pris une nouvelle fois au piège par le Joker qui met en scène les parents du jeune Duke Thomas, qui avaient recueilli Bruce Wayne au début de l’An Zéro, dans le rôle des parents de Bruce Wayne dans ce qui se révèle être une parodie de leur meurtre dans Crime Alley.

Batman parvient à s’échapper du piège du Joker en sauvant Duke Thomas, mais contraint de laisser ses parents aux prises avec des zombies. Dans le même temps, le Joker s’infiltre dans la Bat-Cave dans le but de voler des trophées du Chevalier Noir et blesse grièvement Alfred dans l’affrontement qui s’en suit.

Alfred, toujours prêt à défendre la Bat-cave

Pour finir, le Joker crée un défilé grâce à des chars décorés des trophées volés dans la Bat-Cave et alors que Batman doit chercher la source du dionésium afin de synthétiser un remède au virus Joker, il est contraint d’abandonner ses investigations pour affronter son adversaire. Pour cela, il est aidé de la Bat-Family ainsi que certains de ses pires adversaires, comme le Pingouin, Mr Freeze, Bane, ou encore Gueule d’Argile. Il parvient à mettre en place une diversion, lui permettant de s’éclipser pour continuer ses recherches.

Le Joker découvre le subterfuge et se lance à la poursuite du Chevalier Noir et le retrouve dans la caverne où se trouve la source du dionésium. Un violent affrontement s’en suit, et même si Batman parvient de justesse à prélever du dionésium et à le transmettre à Julia pour qu’elle puisse synthétiser un antidote, un évènement catastrophique va grandement perturber Gotham.

Un combat particulièrement violent

Critique et Analyse

Cet avant-dernier arc marque le retour du Joker, qui est un peu trop présent dans le run de Snyder. Je m’explique : c’est l’ennemi juré de Batman, il paraît donc logique qu’il apparaisse au moins une fois au cours du run, surtout après le reboot FlashPoint. Il fallait donc que le Joker apparaisse dans les comics de l’ère New 52. Cependant, il est l’adversaire principal de Batman dans deux des cinq arcs du run, en excluant l’arc Passé, Présent et Futur. On retrace son origin story dans un troisième arc et il fait même une apparition dans le dernier. Personnellement, je le trouve trop présent.

Ici, je ne cherche pas à nier la profondeur et la complexité de ce personnage ni la qualité dans le traitement que lui réserve le duo Snyder-Capullo au contraire. Il est juste dommage d’autant se concentrer sur un seul adversaire du Chevalier Noir, alors qu’il y en a tant d’autres qui mériteraient une cure de jouvence et de nouveaux affrontements contre Batman (rassurez-vous, amis lecteurs, Bane aura sa part du gâteau dans la première année de l’ère Rebirth).

Alliance entre héros et vilains

Mais cette « omniprésence » du Joker est une conséquence maladroite de l’un des trois piliers du run de Snyder. En effet, rappelez-vous, d’un côté, Snyder a à cœur de faire de Batman le seul et unique héros de son épopée, et d’un autre côté, il aime beaucoup utiliser des symboles (le hibou prédateur de la chauve-souris, le premier repaire de Bruce Wayne près de Crime Alley détruit pour marquer son échec et la fin d’une période, etc…). Il paraît donc normal que la dualité opposant Batman et le Joker soit un élément central de ce run.

On se retrouve donc avec, d’une certaine manière, une « overdose » de Joker et de ce fait, un manque d’originalité. Le niveau scénaristique de Mascarade étant en dessous du Deuil de la Famille (notamment par l’absence de côté horrifique ou angoissant), cela renforce le sentiment d’un « trop-plein » de Joker et, en quelque sorte, le sentiment de déjà-vu. Ce qui est fort dommage pour un run qui n’aura duré « que » cinq ans.

Néanmoins, le duo Snyder-Capullo propose une nouvelle fois un travail de qualité et s’amuse à perdre le lecteur grâce à la théorie du « Joker immortel ». Les indices qui étayent cette hypothèse s’accumulent rapidement et atteignent un nombre tellement important que le lecteur ne peut s’empêcher de douter, tout comme le Chevalier Noir. Ce dernier, en proie à un doute légitime, est une nouvelle fois tourmenté autant par les attaques menées par le Joker contre ses amis, avec Jim Gordon et Alfred en tête, que par les mises en scènes sadiques et macabres imaginées par le Clown Prince du Crime, avec par exemple la reproduction du meurtre des parents de Bruce Wayne.

Gotham, la ville-personnage, est toujours très présente et, cette fois-ci, devient une arme entre les mains du Joker pour s’en prendre au justicier masqué. C’est la troisième fois que la ville est utilisée comme telle et à chaque fois cela parvient à déstabiliser un temps Batman, et à lui faire perdre un temps précieux. Là encore, Snyder utilise une ficelle qu’il a déjà exploitée par le passé, diminuant l’impact sur le lecteur de cet évènement.

On l’a vu dans les paragraphes précédents, malgré la bonne qualité de l’arc, le côté redondant de certains éléments le rend moins original et donc diminue l’impact sur le lecteur. Néanmoins, la fin de l’arc permet de modifier le statu quo du Batverse et de proposer quelque chose de différents pour l’arc final du run : Super Lourd.

Même Batman a besoin d’aide parfois

Mais avant de clore cet article et de passer à cet arc final, nous allons évoquer ici, une fois n’est pas coutume, les quelques chapitre publiés à la fin du tome Mascarade.  Ceux-ci, scénarisés par James Tynion IV, s’attardent sur le Joker et montrent, au fil des pages, l’étendue de la perversion de ce personnage. Ces six chapitres sont excellents et contrairement à l’arc de Snyder, impriment chez le lecteur une vraie sensation de malaise face aux actes du Joker. Néanmoins, la valse des dessinateurs sur ces chapitres impacte gravement la qualité visuelle de ces épisodes. Mais malgré ce défaut, les pages signées James Tynion IV valent à elles seules l’achat du tome.

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