The Killing Joke, le film : Notre Critique

Adaptation du comics culte éponyme signé Alan Moore et Brian Bolland sorti en 1988, The Killing Joke est disponible en Direct To DVD aux Etats-Unis et en téléchargement légal depuis le 25 juillet (et depuis le 2 août en France). Après Batman : Year One et The Dark Knight Returns, DC propose aux fans la version animée d’un autre album culte du chevalier noir. Cette histoire, centrée sur le Joker et sa confrontation avec Batman, permet aux amateurs d’en apprendre plus sur le Joker, alors que Suicide Squad sort en salle avec le clown prince du crime dans le casting.

The Killing Joke étant l’adaptation du célèbre comics du même nom, nous n’allons pas revenir ici sur les différents éléments détaillés dans la critique de l’ouvrage (histoire culte ou non, la violence, la recolorisation pour l’édition deluxe, la nécessité de créer une origin story au Joker ou la fin ouverte). Si vous souhaitez de plus amples infos sur ces sujets, je vous renvoie vers la critique que vous trouverez en cliquant sur ce lien.

Revenons juste quelques instants sur l’intrigue : Batman se rend à l’Asile d’Arkham pour rendre une petite visite à son adversaire le plus redoutable, le Joker. Une fois dans la cellule, le chevalier noir s’aperçoit que l’individu qui se trouve face à lui est en réalité un interne maquillé et déguisé. Le Joker s’est une nouvelle fois évadé et va s’attaquer à la famille Gordon. Son but ? Prouver à Batman « qu’il suffit d’une mauvaise journée pour rendre marteau le plus équilibré des hommes. »

L’impact de cet histoire sur le Batverse est telle qu’elle méritait bien une adaptation. Cependant, celle-ci est très courte (46 pages dans sa version papier) et ne concerne au final que 45 minutes du film. Pour pallier cette contrainte et ajouter du contenu à cette adaptation, un prologue centré sur Batgirl a été imaginé.

Ce choix est surprenant et audacieux mais très pertinent, a priori. En effet, comme évoqué plus haut, le Joker va s’attaquer à la famille Gordon et si Barbara est au final assez peu présente dans l’œuvre, la relation qui la lie au commissaire est centrale. Cependant, le traitement réservé à ce prologue fera rapidement déchanter les plus optimistes. L’une des raisons étant que l’histoire racontée (et créée pour l’occasion) est tellement déconnectée de celle de Killing Joke qu’il est très dur de critiquer le film comme étant une entité unique. En réalité, le visionnage laisse au spectateur un arrière-goût amer d’insatisfaction : il n’a pas vu un long métrage mais deux (double-)épisodes d’une série animée mis bout à bout.

Dans cet optique nous allons construire cet article en trois parties : l’analyse des éléments communs, puis la critique de chacune des deux moitiés du film.

joker
Mark Hamill toujours excellent en Joker

Les éléments communs

Les dessins sont bien réalisés et le trait n’est pas sans rappeler celui de la série animée de 1992. On retrouve donc une imagerie familière même si par ce choix, l’équipe technique s’est éloignée des dessins très détaillés de Brian Bolland, ce qui n’est pas un problème en soit, car la qualité est au rendez-vous.

L’animation est bien gérée, cependant, la fluidité des animations aurait pu être améliorée pendant les scènes d’action. Les combats, quant à eux, sont très bien chorégraphiés et lisibles. Autre aspect crucial d’un film d’animation : le doublage en VO est très bon et on retrouve avec plaisir les acteurs principaux originaux de Batman : The Animated Series, à l’exception du personnage de James Gordon. (Je reviendrai plus longuement sur la performance de Mark Hamill dans la partie sur The Killing Joke).

Bref, d’un point de vu technique, même si The Killing Joke n’est pas parfait, il n’en demeure pas moins excellent pour autant.

Maintenant penchons nous de plus près sur les deux moitiés du film et commençons, une fois n’est pas coutume, par la seconde, c’est à dire l’adaptation à proprement parler du comics The Killing Joke.

Critique de la 2nde partie : The Killing Joke

 Allons droit au but : l’adaptation du comics est très bonne et ravira tous les fans comme les néophytes. La réalisation est soignée, des scènes ont été rallongées voire même ajoutées sans briser l’immersion du spectateur ni dénaturer le récit original. Cependant, si certains ajouts sont les bienvenus, d’autres quand à eux sont, sans être mauvais, un peu maladroits. Placés sous le sceau protecteur du Spoiler,  les paragraphes qui suivent s’attardent plus longuement sur deux exemples.

batman-the-killing-joke
Un style moins détaillé que celui de Brian Bolland mais plus proche de celui de Batman : TAS. Les fans ne seront pas dépaysés

Spoiler Afficher

Que vous ayez lu ou non les paragraphes précédents, l’élément à retenir est que l’équipe s’est permis quelques libertés par rapport au support d’origine et bien que le résultat ne soit pas parfait, il est très bon et permet d’ajouter au film de la longueur et de la consistance.

joke-3
Les flash-back de Brian Bolland (avec la recolorisation de l’édition Deluxe) …

Cependant, toutes les décisions prises au cours de l’adaptation n’étaient pas justifiées et les fans seront certainement déçus de constater le sort réservé aux flash-back. Pour ceux qui l’ignorent, lorsque Brian Bolland a recolorisé The Killing Joke à la fin des années 2000 pour une édition deluxe, il a distingué les flash-back de l’histoire principal par un choix visuel très marquant : tous les dessins évoquant les origines du Joker sont en noir et blanc. Le rouge, plus ou moins vif et présent, venant trancher avec le reste de la planche pour indiquer la progression des événements jusqu’à la naissance du clown psychopathe. En découvrant le film, non seulement le spectateur sera surpris de ne pas voir les flash-back en noir et blanc, mais en plus il devra subir des couleurs pâlichonnes dignes du filtre Sépia d’une application de photographie bien connue.

killing_joke_screenshot_by_gothicraft-d5pwno5
… et voici la même scène dans l’animé.

Autre choix regrettable dans le traitement des flash back est d’avoir supprimé le dialogue

Spoiler Afficher
pour le filmer de loin. Du coup, on n’entend pas la conversation et notamment l’interprétation que Mark Hamill aurait pu faire de ce passage important de l’histoire. Et ce, d’autant plus que sa performance est excellente de bout en bout. Les différentes intonations, les rires, la modulation de la voix entre l’histoire principale et les flash-back et enfin la chanson sont autant d’exemples par lesquels Mark Hamill montre son grand talent et le plaisir qu’il a à incarner ce personnage.

Malgré ces quelques choix regrettables, on retrouvera dans le film The Killing Joke tout ce qui a pu faire le succès de l’oeuvre originale : le découpage des scènes, les vues à la première personne, la violence, les plans ou les répliques cultes et surtout la perversité du Joker. C’est donc une bonne adaptation que la Warner et DC viennent de nous livrer, à voir et à revoir malgré ses quelques défauts.

killing joke
On retrouve les répliques cultes de l’œuvre originale

Critique de la 1ère partie : Batgirl

Penchons nous désormais sur la partie qui, comme dit plus haut, est un prologue inédit se penchant sur le personnage de Batgirl. Cette première partie débute par l’intervention du chevalier noir et de sa coéquipière rousse sur un cambriolage au cours duquel on rencontre Franz Paris, neveux d’un parrain de la pègre. Celui-ci parvient à s’échapper mais sans son butin, ce qui déclenchera la colère de son oncle. Par la suite, il voudra réparer son erreur et gravir les échelons de l’organisation familiale mais, intrigué par la belle justicière, ne pourra s’empêcher de lui laisser des indices pour jouer à jeu dangereux du chat et de la souris.

En parallèle, on suivra l’enquête menée par Batman mais surtout Batgirl, qui devra gérer une fascination naissante et malaise à l’égard de Franz Paris ainsi que le comportement ultra-protecteur de Batman qui voudra écarter sa cooéquipière à cause de son manque d’expérience.

On appréciera la volonté des scénaristes d’avoir choisi le point de vue de Batgirl et d’en faire le centre de ce prologue. En effet, cela permet de lui donner plus d’importance et a pour but de nous rendre plus empathique à son égard. Cependant cela pose deux problèmes. Le premier réside dans le fait que la relation la plus développée dans cette partie est celle liant Batman à Batgirl alors qu’en dehors de la dualité Batman/Joker, The Killing Joke se concentre sur les relations entre Batman et Gordon ou Gordon et Barbara. Dommage donc de se focaliser sur l’un des éléments les moins importants du support d’origine.

Le second problème est que l’histoire de la première partie est complètement déconnectée de celle de Killing Joke et donne vraiment l’impression au spectateur de regarder deux histoires différentes. Il aurait été, je pense, beaucoup plus intéressant de créer un arc narratif centré sur Jim Gordon, dans lequel celui-ci se verrait flirter avec les limites de la loi et l’amènerait à une prise de conscience justifiant sa réplique finale « I want it done by the book » (et en plus cela aurait permis de donner plus de pertinence à la scène du faux procès). De plus, en se concentrant sur le personnage de Gordon, on aurait pu évoquer la relation le liant à sa fille, montrer l’amour qui lie les deux et donc aurait renforcé l’empathie que le spectateur ressent pour eux ainsi que l’impact du plan du Joker.

Parce que oui, en plus d’adopter le point de vue de Batgirl, le prologue n’évoque même pas la relation qu’elle a avec son père. Et le mot « évoquer » est un doux euphémisme : pendant les 30 minutes du prologue, ils ne se parlent même pas ! A la place, on a droit à des scènes ridicules dans une bibliothèque (juste pour nous rappeler l’emploi de Barbara) pendant lesquelles elle déballe tous ses états d’âme à son collègue et ami gay.

Et là, on arrive au cœur du problème. En effet, les différents défauts que j’ai cité dans les paragraphes supérieurs auraient pu être uniquement anecdotiques et faire du prologue un passage moyen voire assez bon du film. Mais le défaut majeur de cet arc narratif est tel qu’il surprendra, décevra ou choquera, en fonction de leur sensibilité, les fans et qu’il a fait couler beaucoup d’encre sur le net.

Batman-the-Killing-Joke-trailer-screengrab-1
Un prologue centré sur Batgirl

Batgirl se laisse complètement guidée par ses émotions, ne prend pas le temps de réfléchir et d’agir calmement comme le lui a appris Batman. Franz Paris est un criminel arrogant, sociopathe et trompe-la-mort et sa personnalité fait naître chez Batgirl une sorte de fascination pour ce personnage hors norme.  Cela aura tendance à affecter leurs différentes rencontres et Franz Paris, en bon manipulateur qu’il est, en jouera en exprimant clairement son attirance sexuelle pour la belle rousse.

Mais ce sentiment de Batgirl ne fera pas que la distraire lors de son enquête, il modifiera considérablement sa relation avec son mentor. Batman, prenant conscience du danger que représente Franz Paris et son obsession naissante pour Batgirl, décide d’écarter, brutalement certes, son élève de l’enquête. Batgirl rentre alors dans une colère noire à l’encontre de l’homme chauve-souris.

Vous l’aurez peut-être compris à la lecture des paragraphes précédents, le problème majeur du prologue est le comportement global de Batgirl, plus proche d’une lycéenne découvrant ses premières amours que d’une jeune détective pleine de sagesse et de sagacité malgré son jeune âge. Alors bien sûr, Franz Paris est quelqu’un d’intrigant, c’est même une force de cette histoire, et Batman est très dur avec elle, plus dur qu’à l’accoutumée, mais cela n’explique pas pourquoi on a la douloureuse impression de regarder un Teen Movie.

Donc même si Barbara est dessinée comme une jeune adulte, son comportement est plus proche de celle d’une adolescente, impression qui est renforcée par l’attitude très paternaliste de Batman. Je ne vais pas m’étaler sur la différence d’âge entre les deux personnages, mais la manière dont ils nous sont présentés rend encore plus dérangeante la relation sexuelle qui se déroule sur un toit de Gotham. Parce que, premièrement, Batgirl est souvent associée à Dick Grayson (voire Jason Todd plus récemment) donc à quelqu’un qui a sensiblement son âge, deuxièmement, Batman ne montre aucun signe d’attirance. Il est son mentor, cherche à la protéger, même si pour cela il doit l’écarter, car il a perçu le trouble qui la tiraille.

Le défaut majeur du film n’est donc pas la relation sexuelle en elle-même mais plutôt le fait qu’elle est pas cohérente avec l’attitude des personnages dans ce même film.

frans paris
Le très bon mais très mal exploité Franz Paris

En dehors de cela, la bonne surprise est Franz Paris. Il est un peu caricatural est pourrait presque passer pour un Joker low-cost, mais il n’en demeure pas moins étrange, intriguant, fascinant. Son côté débauché assumé est très bien amené et correspond à ce personnage. Dommage que l’histoire soit aussi bâclée, parce qu’il aurait pu vraiment marquer positivement les fans du batverse.

Et à propos de la VF ?

Si les doublages de la version originale brillent par la présence d’acteurs que l’on connait depuis la série animée, ce choix n’a malheureusement pas été conservé pour la version française. Alors que l’on aurait adoré retrouvé Pierre Hatet (la voix du Doc de retour vers le futur) pour le Joker, c’est Marc Saez qui se charge de cette VF, et s’il n’est pas mauvais dans l’exercice, sa voix ne peut pas être aussi culte que celle de Pierre Hatet dans les dessins animées et certains jeux vidéo. Du côté de Batman, on retrouve la même « erreur » que pour l’animée Justice League VS Teen Titans : c’est le très bon Stéphane Jacomy qui double le chevalier noir, et si je me permet de parler d’erreur ici, c’est tout simplement parce que les vieux de la veille sont habitué à sa voix pour le personnage de Superman (il avait également doublé Jor-El, incarné par Russel Crowe, dans Man of Steel). Finalement, le seul que l’on retrouvera de notre bonne vieille série animée, c’est Alfred, toujours doublé par Jacques Ciron, mais le personnage ne fera qu’une apparition anecdotique dans The Killing Joke. Pour résumé, le doublage français est somme toute correcte, mais n’égale pas la version orginale à cause de son choix de doubleur.

Une excellente adaptation du comics original, un prologue raté, dispensable et complètement déconnecté de l’histoire principale, le tout servi par une équipe technique au top, The Killing Joke ravira les fans mais leur laissera un sentiment de déception, au mieux, de trahison, au pire. Un incontournable, à ne pas rater … à partir de la 31ème minute.

Si vous êtes intéressé, vous pouvez acheter le film ou la BD de The Killing sur Amazon grâce à notre partenariat avec la boutique :

Partager sur...

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *