À une époque marquée par des tensions politiques, des discours d’exclusion et une industrie audiovisuelle de plus en plus concentrée, Gael García Bernal a participé à un événement en reconnaissance de sa carrière organisé à Mexico. En marge de la cérémonie, l’acteur et cinéaste mexicain a accordé une interview au AFP dans lequel il réfléchit sur le rôle du cinéma en dehors de l’axe dominant d’Hollywood et sur la nécessité de renforcer la collaboration entre des cinématographies partageant une vision critique du monde.
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Pourquoi unir aujourd’hui le cinéma latino-américain et européen ?
Au cours de la conversation, Gael García Bernal a averti qu’il existe « une hégémonie du cinéma anglais, du cinéma américain », contre laquelle les cinématographies d’Amérique latine et d’Europe peuvent et doivent établir un dialogue plus étroit. Comme il l’a expliqué, les deux continents partagent « certains principes éthiques fondamentaux », parmi lesquels la défense « du migrant, de l’étranger », valeurs qu’il considère de plus en plus pertinentes face à la polarisation sociale.
Pour l’acteur, cette alliance n’implique pas une posture réactive, mais plutôt une manière d’élargir l’horizon culturel. « Quand nous avons des moments spectaculaires de films européens qui ont bien marché ici ou de films mexicains et latino-américains qui ont marché en Europe, de nouveaux paramètres apparaissent, un monde immense s’ouvre », a-t-il déclaré, soulignant que ces intersections aident à briser l’inertie et à remettre en question le discours dominant.
Une reconnaissance qui dialogue avec sa carrière
Mardi, Gael García Bernal, 47 ans, a reçu la médaille de l’Ordre des Arts et des Lettres, décernée par le ministère français de la Culture. Au-delà de la valeur symbolique de la distinction, l’acteur a souligné que ce type de reconnaissance véhicule le sentiment de ne pas être seul. « Cette médaille est aussi la reconnaissance du sentiment qu’on n’est pas seul dans le combat », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « plus que jamais, nous avons besoin d’une société critique ».
La relation de Gael García Bernal avec la France remonte au début de sa projection internationale. Depuis la première en 2000 de « Amores Perros », réalisé par Alejandro González Iñárritu et présenté au Festival de Cannes, jusqu’à des collaborations ultérieures comme « La Science des rêves » (2006), de Michel Gondry, le cinéma français a été un moment clé de sa carrière.

Cinéma, documentaire et rejet du « discours unique »
Dans le domaine créatif actuel, Gael García Bernal participe à « Magellan », du cinéaste philippin Lav Diaz, où il incarne l’explorateur portugais Ferdinand Magellan, et au drame de science-fiction « Une fin différente », réalisé par l’Italien Piero Messina. Cependant, l’acteur a souligné que son engagement envers le cinéma va au-delà du jeu d’acteur.
Pendant deux décennies, il a maintenu son travail dans Ambulante, le projet de diffusion documentaire qu’il a promu avec Diego Luna. Pour Gael García Bernal, le documentaire a une valeur particulière dans le contexte actuel : « Le documentaire élimine le discours unique », a-t-il souligné. D’après son expérience, cette initiative a contribué à « perfectionner la pensée critique » et à aider le public à « mieux comprendre et digérer la réalité complexe dans laquelle nous vivons ».
Fontaine.