La première bande-annonce de « Masters of the Universe » est là et, au-delà de l’impact visuel ou des débuts de Jared Leto dans le rôle de Skeletor, il est frappant qu’au lieu de présenter He-Man comme une figure déjà établie, le film s’engage à nous montrer le protagoniste sur Terre, dans un contexte où les jouets de collection existent aussi, et il ne semble pas tout s’adapter à notre réalité. C’est dans ce voyage que la bande-annonce révèle sa véritable ambition narrative, qui rappelle peut-être à plus d’un le principe de « Barbie ».
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Un « poisson hors de l’eau » comme point de départ ?
La bande-annonce de « Les Maîtres de l’Univers » indique clairement que l’histoire s’appuiera sur la ressource « poisson hors de l’eau ». Le prince Adam, interprété par Nicholas Galitzine, apparaît comme un adulte ordinaire sur Terre, avec un travail routinier et un sentiment persistant de ne pas vraiment appartenir. Il ne sait pas (ou ne se souvient pas complètement) qu’il est l’héritier d’Eternia ou qu’il est destiné à devenir He-Man.
Ce même schéma (un personnage emblématique confronté à un environnement auquel il n’appartient pas) était clé dans « Barbie », où la protagoniste abandonne son monde idéalisé pour se confronter à des réalités inconfortables. Dans les deux cas, le choc des mondes constitue le moteur de l’histoire, bien qu’avec des objectifs différents.
Mattel après « Barbie » : une stratégie répétée ?
Ce n’est pas rien si « Barbie » et « Les Maîtres de l’Univers » font partie de l’offensive cinématographique de Mattel après le succès du film réalisé par Greta Gerwig. Après avoir prouvé qu’une marque de jouets pouvait devenir un événement culturel si elle était abordée sous un angle narratif reconnaissable, le studio semble avoir trouvé une voie claire : utiliser des concepts universels (identité, appartenance, destin) comme point d’entrée.
Dans le cas des « Maîtres de l’Univers », le synopsis officiel insiste sur cette idée. Adam est séparé d’Eternia pendant des années et ce n’est qu’après avoir rencontré l’épée du pouvoir qu’il comprend que sa place n’est pas sur Terre. Le conflit ne se pose pas uniquement en termes d’action ou de guerre, mais comme un processus d’acceptation personnelle. Cette ligne thématique est indirectement liée à « Barbie », qui explore également ce que signifie être quelque chose de plus que le rôle que les autres attendent de vous.
La différence réside dans le ton et l’intention. « Barbie » a utilisé le « poisson hors de l’eau » comme outil de satire et de commentaire culturel explicite. « Les Maîtres de l’Univers », du moins d’après ce que montre la bande-annonce, utilise le même dispositif comme structure émotionnelle pour une histoire d’origine héroïque. Il n’y a pas d’ironie manifeste ni de rupture métatextuelle ; il y a l’épopée, le destin et la transformation.
Eternia, nostalgie et reconstruction du mythe
Un autre point clé révélé par la bande-annonce est la manière dont le film équilibre nostalgie et réinvention. Eternia apparaît comme un monde reconnaissable pour les fans, avec Castle Grayskull, des alliés classiques comme Teela et Duncan / Man-At-Arms, et un Skeletor qui ne recule pas devant son design extrême. En même temps, le film ne part pas d’un He-Man déjà consolidé, mais d’un Adam qui doit reconstruire son lien avec cet univers.

Cette approche contraste avec les versions précédentes, où le héros était déjà pleinement formé ou où la mythologie passait au second plan. Ici, la destruction d’Eternia sous le règne de Skeletor fonctionne comme le reflet du vide d’identité d’Adam. La planète et le héros sont brisés et tous deux doivent être restaurés.
Cette logique rejoint un public qui n’a peut-être pas grandi avec les séries animées des années 1980. Comme « Barbie », le film semble conçu pour fonctionner même sans bagage préalable, pariant sur des émotions reconnaissables plutôt que sur une fidélité rigide au canon.
Similitudes structurelles, paris différents
Alors, les « Maîtres de l’Univers » répètent-ils la formule « Barbie » ? En termes strictement narratifs, ils partagent un squelette : un personnage iconique, un mouvement entre les mondes et une crise d’identité comme axe. Mais les similitudes s’arrêtent là. Alors que « Barbie » a utilisé ce voyage pour démanteler et remettre en question son propre symbole, « Les Maîtres de l’Univers » semble intéressé à réaffirmer le mythe, en lui donnant un poids émotionnel et en le transformant en une histoire d’origine accessible.

Plus qu’une copie, ce qui est perçu est une stratégie commune : prendre des jouets sans psychologie définie et leur offrir un conflit humain à travers le contraste des mondes. Mattel ne répète pas une blague, mais réutilise plutôt un outil qui a déjà fait ses preuves.
Le défi en sera un autre. Si « Barbie » a conquis le public par son discours et son audace, « Les Maîtres de l’Univers » devra soutenir sa proposition de l’épopée, de la cohérence de son monde et de l’évolution de son protagoniste. La bande-annonce suggère que le studio est convaincu que le voyage d’Adam, plutôt que la pure nostalgie, est le véritable crochet.
Pour l’instant, la comparaison est inévitable. Le résultat final, cependant, dépendra de la capacité de He-Man à transformer ce « poisson hors de l’eau » en quelque chose de plus qu’une formule reconnaissable.