L’achat de Warner par Paramount suscite des inquiétudes quant aux investissements des fonds arabes et à leur éventuelle influence

L’achat de Warner Bros. Discovery par Paramount pour 110 milliards de dollars continue de créer des répercussions au-delà d’Hollywood. Alors que l’industrie analyse encore l’impact de l’accord sur le cinéma, le streaming et la télévision, un nouveau débat a surgi autour des 24 milliards de dollars apportés par les fonds souverains d’Arabie Saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi, qui participent au financement de l’opération.

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L’implication de ces investisseurs a soulevé des inquiétudes quant à l’influence étrangère et au soft power au sein d’une entreprise qui contrôlera des actifs médiatiques mondiaux tels que HBO, CNN et certaines des franchises cinématographiques les plus importantes au monde.

Pourquoi la participation des fonds souverains du Golfe est-elle inquiétante ?

L’investissement provient de trois acteurs financiers majeurs du Moyen-Orient : le Fonds d’investissement public (PIF) d’Arabie saoudite, la Qatar Investment Authority (QIA) et L’imad Holding Company, basée à Abu Dhabi. Ensemble, ces fonds contribueront à hauteur de 24 milliards de dollars à l’accord qui permettra à Paramount d’acquérir Warner Bros. Discovery.

Selon les documents déposés auprès de la SEC, Paramount a déclaré que ces investisseurs ne bénéficieraient pas de droits de gouvernance, y compris de sièges au conseil d’administration ou de droits de vote. L’entreprise affirme qu’en raison de cette structure, sa participation ne nécessitera pas l’approbation du Comité des investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS).

Cependant, le débat dans l’industrie ne porte pas seulement sur le contrôle formel de l’entreprise, mais aussi sur la question de savoir si un investissement de cette taille peut être véritablement passif au sein d’une entreprise qui contrôle les marques mondiales d’information et de divertissement.

Critique : doutes sur un investissement « passif »

Avant de se retirer de la course à la Warner, le co-PDG de Netflix, Ted Sarandos, a exprimé des réserves sur le rôle de ces investisseurs lors d’un entretien avec la BBC après la remise des BAFTA Awards. L’exécutif a qualifié l’implication des fonds du Golfe de « mauvaise idée » et a noté qu’ils viennent « d’une partie du monde qui n’est pas très favorable au Premier Amendement ».

Sarandos a également remis en question l’idée selon laquelle un investissement aussi important pourrait être exclu de la prise de décision éditoriale. « Il me semble très étrange qu’avec le niveau d’investissement dont nous parlons, ils n’aient pas d’influence ou de contrôle éditorial sur les médias d’un autre pays », a-t-il déclaré.

Certains analystes partagent ces doutes. Neil Quilliam, spécialiste du Moyen-Orient, a noté que même si les fonds peuvent se présenter comme des partenaires passifs, ils pourraient éventuellement chercher à exercer une influence. « Ils sont peut-être partenaires de lit. Mais il viendra probablement un moment où ils se réveilleront et voudront exercer leur influence. »

L’avocate et analyste Irina Tsukerman a également indiqué que les grands investisseurs souverains négocient généralement la visibilité dans les stratégies des entreprises. « Ils bénéficient automatiquement d’un accès continu au leadership et à l’influence liés au financement futur, même sans droits de vote publiquement reconnus. »

Soft power, diversification économique et stratégie du Golfe

Pour les pays du Golfe, participer à une opération de cette ampleur s’inscrit également dans une stratégie économique plus large. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis cherchent à diversifier leurs économies traditionnellement dépendantes du pétrole et à étendre leur présence dans des secteurs mondiaux tels que le divertissement et les médias.

L’économiste politique Robert Mogielnicki, de l’Université de Georgetown, a expliqué que l’investissement dans le secteur du divertissement fait partie de ces efforts de diversification économique. Selon les analystes du secteur, outre le prestige de participer à une grande opération hollywoodienne, ces pays cherchent à renforcer leur influence culturelle et médiatique sur la scène mondiale.

Cet intérêt s’est déjà reflété dans d’autres investissements récents. L’Arabie saoudite a promu des accords de plusieurs millions de dollars dans le secteur du divertissement, tandis que le Qatar a encouragé des initiatives dans le domaine du cinéma et de la télévision, comme le développement du festival du film de Doha. En parallèle, des projets tels que des parcs à thème soutenus par des studios hollywoodiens ont également commencé à se développer dans la région.

Mark Thompson, PDG de CNN (image : Getty)

CNN et les éventuels défis réglementaires

L’un des points les plus sensibles de l’accord est le contrôle d’actifs informationnels comme CNN, qui resteraient au sein du conglomérat issu de la fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery.

Pour certains observateurs, la présence indirecte de capitaux étrangers dans une entreprise qui possède l’un des réseaux d’information les plus influents au monde pourrait faire l’objet d’un examen réglementaire plus approfondi. Certains experts estiment néanmoins que les obstacles réglementaires pourraient être limités.

L’analyste Max von Thun de l’Open Markets Institute de Bruxelles a noté qu’en Europe, la présence de CNN ne devrait pas créer d’obstacles réglementaires majeurs, car la chaîne n’occupe pas de position dominante sur les marchés intérieurs du continent. Aux États-Unis, l’examen de l’accord passera par des organisations telles que la FCC et le ministère de la Justice, en plus des évaluations liées à la sécurité nationale.

Avec les informations de Variété.