Critique de Ne Zha 2 : une explosion de mythologie et de spectacle visuel, une véritable réussite cinématographique

Une suite à la hauteur (et même plus)

Dès ses premières scènes, Ne Zha 2 fait savoir que cette œuvre ne se limite pas simplement à être une suite, mais qu’elle représente une véritable expansion épique de l’univers introduit dans le film initial. La narration débute avec un résumé qui rappelle les événements précédents, puis nous plonge immédiatement dans un univers peuplé de divinités, de démons, de dragons et d’êtres mythologiques qui rivalisent en richesse et en complexité avec certains des plus grands récits de fantasy, comme ceux de Tolkien ou de l’univers Marvel.

La trame principale tourne encore autour de Ne Zha et Ao Bing, deux figures contrastées issues du même royaume céleste : l’Orbe Démoniaque et la Perle Spirituelle. Après avoir sacrifié leur corps physique dans un geste de sacrifice divin, ils se retrouvent contraints de partager le même corps, celui de Ne Zha, pendant une période de sept jours. Leur objectif est de réussir des épreuves destinées aux êtres divins pour retrouver leur forme originelle grâce à une potion miraculeuse. C’est ici que débute la véritable déferlante d’action et d’émotion.

Visuellement époustouflant, mais inoubliable

La filmographie déploie une énergie presque apocalyptique dans ses séquences d’action. La bataille aérienne entre immortels et créatures monstrueuses, culminant dans le dernier acte, est tout simplement impressionnante : des centaines de personnages en mouvement, des sorts, des portails, des éclairs, de la lave qui tombe du ciel. Ce chaos numérique, à la fois désordonné et d’une beauté saisissante, fascine autant qu’il peut devenir excessif.

Un des points forts du film réside dans le design des personnages. La métamorphose de Ne Zha vers une version plus mature et stylisée, ou encore les dragons transformés en guerriers humains avec des armures d’écailles, témoignent du soin et de l’art qu’il y a derrière chaque détail visuel. Bien que ses séquences d’action n’atteignent pas tout à fait la finesse de certains studios occidentaux comme Pixar, elles évoquent tout de même l’énergie de films tels que Kung Fu Panda ou le dynamisme fébrile de Attack on Titan.

Une mythologie qui submerge (mais séduit)

Ce qui peut être considéré comme le point faible de Ne Zha 2, c’est sans doute sa surcharge d’informations. Chacun des personnages, des lieux, des techniques ou des objets magiques est accompagné d’étiquettes explicatives en surimpression, ce qui facilite la compréhension mais peut aussi submerger le spectateur par une avalanche de noms et de concepts. Cependant, même si l’on ne parvient pas à saisir tous les détails, la narration possède un attrait irrésistible : une intensité émotionnelle, un rythme effréné, et une forte charge symbolique portant sur l’identité, la différence et la résistance face au destin tracé.

Ne Zha reste un héros porteur de traumatismes, souvent incompris ou rejeté, mais profondément fidèle à ses valeurs. La relation qui l’unie à Ao Bing dépasse la simple amitié, s’inscrivant dans une connexion spirituelle qui façonne toute la trame. La première partie explorait son origine, tandis que ici, on le voit évoluer, mûrir, endurer la souffrance et choisir son propre cheminement.

Humour, action et créatures fantastiques

Ne Zha 2 est une folie visuelle qui subjugue et enchante à parts égales

Un des éléments qui étonnent le plus dans cette œuvre, c’est son humour. Baignant parfois dans un humour un peu scatologique, d’autres fois empreint de tendresse, le scénario sait instaurer des moments de respiration entre deux scènes d’action déchaînée. On y trouve un poulpe démoniaque qui grille ses propres tentacules, ou encore un affrontement contre des marmottes armées de bâtons, illustrant cette combinaison insolite de fantasy, de kung-fu et de morale.

Une séquence particulièrement mémorable est celle qui se déroule au bord d’un lac sous la pluie, où Ao Bing, prenant le corps de Ne Zha, affronte un ennemi capable de se transformer en courant électrique. La chorégraphie de cette scène est brillante, transformant l’eau et la lumière en véritables armes, dans une mise en scène aussi précise qu’impressionnante, digne d’un réalisateur comme Zhang Yimou.

Hollywood ? Pixar ? Non, ici c’est la Chine

Ne Zha 2 refuse de jouer la carte de l’imitation. Il ne cherche pas à ressembler à un quelconque modèle occidental. Avec ses touches d’humour, d’émotion et de drame familial — la mère de Ne Zha restant le cœur émotionnel du film —, il déploie une impressionnante grandeur visuelle qui ferait envie à bien des superproductions étrangères, et ce, avec un budget modeste d’environ 80 millions de dollars, bien inférieur à celui des mastodontes Disney ou DreamWorks.

Il est vrai que le film est parfois encombré par son ambition démesurée, désireux d’intégrer toute la richesse de l’univers mythologique chinois en une seule œuvre. Cependant, n’est-ce pas aussi une partie de son charme ? La magie réside dans son identité forte, sa créativité débordante et son absence de filtre. C’est un vrai témoignage de ce que peut proposer l’animation chinoise lorsqu’elle se libère de ses complexes et cherche à raconter ses propres histoires, sans compromis.

En somme, Ne Zha 2 est un véritable festin sensoriel, une aventure à la fois chaotique et magnifique à travers la mythologie chinoise moderne, qui parvient à émouvoir, à surprendre et à subjuguer. Si vous acceptez de plonger dans son univers, de suivre son rythme effréné, vous vivrez l’une des expériences animées les plus explosives de l’année.

Et vu l’ampleur de cette œuvre, Ne Zha 3 ne sera pas une simple possibilité : ce devient une évidence.