Harta (Straw). Un jour qui bouleverse tout
La fiction débute sur une scène qui évoque la monotonie et l’usure. Janiyah (interprétée par Taraji P. Henson), mère célibataire, se réveille dans un appartement sombre et désordonné, portant le poids de plusieurs responsabilités. Elle jongle avec trois emplois, une fille malade, un loyer impayé, et une ville qui semble déterminée à la briser. En à peine 24 heures, son quotidien se transforme en un cauchemar : elle perd son travail, elle est harcelée par un policier en civil, sa voiture est saisie, son propriétaire la met à la porte, et les services sociaux emportent sa fille.
Lorsqu’une seule journée suffit pour que tout bascule, le récit ne peut pas être subtil. Il adopte la posture caractéristique (et extrême) de Tyler Perry : un mélange de tragédie, de mélodrame et de colère contenue. Pourtant, cette succession d’événements ne cherche pas uniquement à faire pleurer. Elle sert aussi à crier, comme le fait son héroïne, vers le ciel sous la pluie, dans une scène d’une forte symbolique mais aussi d’une intensité brutale.
De victime à menace
La tension atteint son paroxysme lorsque Janiyah se retrouve mêlée à un braquage dans son ancien lieu de travail. En tentant de se défendre face à l’un des attaquants, elle parvient à le tuer avec son arme. Dans un état de choc, elle tire ensuite sur son supérieur, qui l’avait faussement accusée de complicité. La situation s’embrase lorsqu’elle tente de retirer son dernier chèque au guichet du banque, mais se retrouve à provoquer une prise d’otages involontairement.
C’est à ce moment que Straw se transforme en autre chose, presque dans la veine d’un « John Q » version féminine. La protagoniste ne cherche ni la vengeance ni le vol. Son seul but est de récupérer ce qui lui appartient légitimement. Cependant, sa détention d’une arme active une machinerie répressive. La police la traite comme une menace, les médias surenchérissent avec des titres sensationnels… et le spectateur ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’il voit est une simple fiction ou une critique acerbe du système judiciaire et social.
Taraji P. Henson, d’une intensité bouleversante
Ce qui confère à Straw sa force, malgré ses failles, c’est la performance remarquablement brute de Taraji P. Henson. Dès la première scène, jusqu’au monologue final où son personnage explose de colère et de douleur devant un monde qui ne l’a jamais écoutée, Henson incarne le cœur brisé de toute la narration. Elle traduit vulnérabilité et colère, tout en étant profondément fatiguée, mais conserve une dignité qui ne se dément jamais.
Elle est accompagnée de Teyana Taylor, en négociatrice qui croit sincèrement à l’innocence de Janiyah, ainsi que Sherri Shepherd, qui joue la responsable de la banque tentant de calmer la crise. Ces deux femmes donnent une partie d’humanité à une histoire qui, dans d’autres mains, aurait pu sombrer dans le cliché ou le ton excessif. Ici, leur interprétation parvient à faire émerger des moments sincères et palpables d’émotion.
Est-ce une œuvre de qualité ou simplement une histoire difficile à ignorer ?
Straw n’est pas une grande œuvre cinématographique. Il ne représente pas non plus l’apogée de Perry en tant que réalisateur. Le film souffre de problèmes de rythme, de transitions désordonnées, de symbolismes maladroits et de scènes qui flirtent avec le ridicule. Pourtant, il possède une force brute dans son expression émotionnelle qui émeut profondément. Plus encore, nombreux sont ceux qui considèrent cette œuvre comme une plongée dans la réalité : celle d’injustices quotidiennes, vécues par de nombreuses femmes noires, pauvres et isolées.
Cette lecture transforme ce qui aurait pu rester un drame ordinaire en un miroir déformé, mais pertinent, de la société. Il n’est pas étonnant que cette œuvre ait rapidement conquis un public mondial. Dans un contexte où l’algorithme privilégie la rapidité et la simplicité, Straw parvient à faire arrêter des millions de spectateurs, à les regarder et à susciter de nombreux commentaires. Même s’ils ont du mal à savoir ce qu’ils ressentent après avoir vu le film.
Le cinéma de Tyler Perry, sans filtres
Perry a été souvent critiqué au fil des ans pour ses dialogues parfois artificiels, sa focalisation sur la punition des femmes, sa manière superficielle d’aborder les traumatismes, ainsi que pour certains clichés récurrents. Et tout cela est visible dans Straw. Cependant, on ne peut nier son talent à dénicher, au cœur du chaos, une vérité émotionnelle profonde. Straw fait figure de coup final, d’un choc qui brise tout ce qui restait à casser. Et peut-être que c’est là sa véritable réussite.
En définitive, il est possible que Straw ne plaise pas à tout le monde. Qu’il paraisse excessif ou trop brutal. Mais lorsque cette œuvre se hisse en tête dans 58 pays et accumule près de 50 millions de vues en une semaine, cela ne peut être dû au hasard. Elle est à la fois désagréable, démesurée et excessive, mais aussi impossible à ignorer. Et lorsque Taraji P. Henson crie sous la pluie, ce n’est pas seulement l’eau qui coule sur son visage : c’est aussi une vérité difficile à regarder en face, mais que beaucoup ont décidé d’affronter.
Vous l’avez déjà vue ? Pensez-vous que son succès est mérité ou qu’il s’agit simplement d’une exagération émotionnelle ? Partagez votre opinion dans les commentaires.
