Quelle est la symbolique de la robe de Madonna au Met Gala 2026 d’après un tableau de Leonora Carrington ?

La robe de Madonna au Met Gala 2026 a fait sensation. La chanteuse est apparue dans une robe noire aux airs funéraires, une coiffe en forme de bateau, une corne dorée et un groupe de femmes autour d’elle, éléments qui rendaient hommage à un tableau de la peintre surréaliste Leonora Carrington. La référence n’est pas seulement une référence au mouvement surréaliste, mais à une tradition visuelle beaucoup plus ancienne qui, à la base, concerne le désir, le renoncement spirituel et les épreuves intérieures.

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Sur quel tableau classique est basée la robe MetGala 2026 de Madonna ?

Le look de Madonna a été inspiré par « La Tentation de Saint Antoine » de Leonora Carrington. Selon Le bazar de Harperl’artiste a travaillé avec Anthony Vaccarello de Saint Laurent dans une robe noire à volants décrite comme d’apparence presque funéraire.

La récréation ne se limitait pas à la tenue vestimentaire. L’ensemble comprenait une corne dorée et une coiffe en forme de bateau, accompagnées d’un voile transparent. De plus, Madonna est apparue entourée de sept femmes vêtues de lingerie pastel et de bandeaux translucides. Ils tenaient la cape de la robe pour former une étoile autour de son corps.

Cette mise en scène fait référence à une zone précise de la peinture de Carrington, où apparaît une figure féminine vêtue de noir, accompagnée d’autres femmes. Le personnage porte également une coiffe en forme de bateau et tient une corne dorée.

Sotheby’s comprend une explication attribuée à Carrington selon laquelle la main gauche du saint désigne la reine de Saba et ses serviteurs. Dans cette même description, il est également mentionné qu’une jeune femme chauve en robe rouge allie le charme féminin aux plaisirs de la table. C’est-à-dire que la peinture travaille avec des figures associées au désir, à la séduction et aux plaisirs matériels.

Qui était la reine de Saba et pourquoi apparaît-elle comme un symbole de tentation ?

La reine de Saba est une figure issue de plusieurs traditions anciennes. Dans le récit biblique de Premier Livre des Rois, rend visite au roi Salomon pour tester sa sagesse avec des questions difficiles. Elle arrive accompagnée d’un grand entourage et avec des richesses, notamment des épices, de l’or et des pierres précieuses. Son image est devenue associée au pouvoir, à l’intelligence, à l’abondance et à l’exotisme.

Il apparaît également dans les traditions juives, islamiques et éthiopiennes. Dans l’Islam, elle est identifiée à Bilqis, une reine liée au royaume de Saba qui finit par reconnaître l’autorité divine. Dans la tradition éthiopienne, sa figure acquiert un poids fondateur, puisqu’elle est liée à l’origine de la dynastie salomonienne.

Cependant, dans l’imagerie de « La Tentation de Saint Antoine », sa signification change. Elle n’apparaît plus seulement comme une reine sage ou puissante, mais comme une vision capable de tenter la sainte par la richesse, la sensualité et le monde extérieur. Devant la retraite ascétique de Saint Antoine, la reine de Saba peut représenter tout ce que le moine tente de rejeter : les plaisirs matériels, le désir, la fascination du luxe et du pouvoir terrestre.

Ses serviteurs ne fonctionnent pas nécessairement comme des personnages individuels, mais plutôt comme faisant partie de cette apparence. Ils accompagnent la reine et renforcent le caractère choral, féminin et rituel de la scène. Pour cette raison, lorsque Madonna apparaît entourée de plusieurs femmes tenant sa cape, l’image ne reproduit pas seulement une composition visuelle de Carrington : elle fait également référence à cette idée de cour, d’apparence et de tentation collective qui fait partie de la lecture symbolique du tableau.

Détail de « La Tentation de Saint Antoine » de Leonora Carrington, avec la reine de Saba et ses servantes (image : Arthive.com)

Qui était Leonora Carrington et quelle est l’origine des « Tentations de Saint Antoine » ?

Leonora Carrington était une peintre et écrivaine née dans le Lancashire en 1917, associée au surréalisme et vivant au Mexique de 1942 jusqu’à sa mort, survenue à Mexico le 25 mai 2011. Son œuvre combinait mythologie, alchimie, humour, critique de l’orthodoxie, imaginaires féminins et scènes de logique onirique.

Au Mexique, Carrington a développé une partie fondamentale de sa vie et de son œuvre. Elle fait partie du cercle surréaliste qui compte également Remedios Varo, l’un de ses grands amis, et entretient des liens avec des artistes et intellectuels exilés ou vivant dans le pays. L’écrivain Carlos Fuentes a écrit sur elle (via L’Universel): «Tout l’art de Carrington est une bataille joyeuse, diabolique et tenace contre l’orthodoxie, qui conquiert et disperse avec l’imagination, toujours multiple et singulière, une imagination qui communique avec une fierté amoureuse.»

La tradition picturale des « Tentations de Saint Antoine »

Le thème de « La Tentation de Saint Antoine » est issu d’une tradition beaucoup plus ancienne. Saint Antoine Abbé était un moine égyptien du IIIe siècle, considéré comme l’un des Pères du Désert. Selon la tradition chrétienne, il se retira dans le désert et y fit face à des visions démoniaques, à des tentations charnelles et à des épreuves spirituelles. La première référence écrite à ces visions vient d’Athanase d’Alexandrie, contemporain du saint.

« La tentation de Saint Antoine » de Leonora Carrington (image : Arthive.com)

La Tentation de Saint Antoine est devenue un thème récurrent dans l’art occidental depuis le Moyen Âge. À partir du XIVe siècle, ses représentations commencent à se multiplier dans les manuscrits enluminés, les fresques et les toiles. Dans le ‘Légende dorée‘ Il raconte comment le saint a résisté aux sièges démoniaques dans le désert, ce qui l’a amené à affronter des visions de femmes séduisantes et de créatures monstrueuses.

À la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, le motif atteint certaines de ses représentations les plus connues. Martin Schöngauer en a réalisé une version très influente au XVe siècle, réinterprétée plus tard par Michel-Ange. Des artistes tels que Jérôme Bosch, Matthias Grünewald, Pieter Brueghel le Jeune, Jacques Callot, David Teniers le Jeune, Salvator Rosa et Joos van Craesbeeck ont ​​également travaillé sur ce thème.

En 1945, le thème réapparut avec vengeance lorsque le producteur David L. Loew et le réalisateur Albert Lewin organisèrent un concours permettant à divers artistes de peindre leur interprétation des Tentations de Saint Antoine. Le tableau gagnant figurera dans « Les Affaires privées de Bel Ami », d’après le roman de Guy de Maupassant. Des artistes tels que Max Ernst, Salvador Dalí, Leonora Carrington, Dorothea Tanning, Paul Delvaux et Ivan Le Lorraine Albright y ont participé. L’œuvre gagnante était celle de Max Ernst, mais la version de Carrington restait l’une des lectures les plus singulières du cycle.