Depuis des années, l’une des plaintes les plus courantes du public est que certains films « durent trop longtemps ». Désormais, ce malaise semble s’être déplacé vers les salles de classe… des cinéastes en herbe eux-mêmes ! Un nouveau rapport de atlantique recueille les témoignages de professeurs d’études cinématographiques qui affirment que de plus en plus d’étudiants ont du mal à s’asseoir pour regarder un film complet, même lorsque celui-ci est une partie obligatoire du programme académique.
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Le texte, signé par la journaliste Rose Horowitch, s’appuie sur des entretiens avec une vingtaine de professeurs d’université qui décrivent des problèmes d’attention récurrents : des étudiants qui consultent leur téléphone pendant la projection, qui ne se souviennent pas des éléments fondamentaux de l’intrigue ou qui ne peuvent pas répondre à des questions simples après avoir vu le film. Pour certains enseignants, la situation en est arrivée à repenser la manière même dont le cinéma est enseigné en classe.
Que se passe-t-il dans les cours de cinéma ?
L’un des cas les plus frappants cités dans le rapport est celui de Jeff Smith, professeur à l’Université du Wisconsin-Madison. Smith a déclaré qu’après avoir projeté « Jules et Jim », de François Truffaut, il avait interrogé ses élèves sur la fin de l’histoire. Plus de la moitié ont choisi des réponses incorrectes, y compris des options dans lesquelles les personnages « se cachent des nazis » ou « s’enivrent d’Ernest Hemingway », éléments qui n’apparaissent pas dans le film, qui se déroule pendant la Première Guerre mondiale.
Selon Horowitch, ces types de confusions ne sont pas des cas isolés. Plusieurs enseignants affirment que leurs élèves semblent traiter les films de manière fragmentée, comme s’il s’agissait d’une succession de scènes flottantes et non d’une histoire continue. Face à ce scénario, certains ont choisi de ne demander que des fragments spécifiques des films, une pratique observée depuis longtemps dans les cours de littérature, où des chapitres sont attribués au lieu de romans complets.
Fragmentation, écrans et nouvelles habitudes
Même si pour de nombreux cinéphiles ces histoires sont alarmantes, le phénomène ne se produit pas en vase clos. Les jeunes générations ont grandi en consommant des vidéos via des plateformes numériques, avec des récits courts, des rythmes rapides et des stimuli constants. Dans ce contexte, le visionnage soutenu d’un film de 90 ou 120 minutes nécessite une forme d’attention différente, moins courante dans la consommation quotidienne de contenus audiovisuels.
Cela n’implique pas nécessairement un rejet du cinéma en tant que forme culturelle. Cela suggère plutôt un décalage entre les formats d’enseignement traditionnels et les habitudes de consommation qui prédominent en dehors de la salle de classe. La difficulté ne semble pas résider dans un manque total d’intérêt, mais plutôt dans la manière dont les informations narratives sont traitées et conservées lorsqu’il n’y a pas d’interruptions ni de récompenses immédiates.
Une génération déconnectée du cinéma ?
L’article lui-même introduit une nuance importante. Malgré ces problèmes en classe, il semble que de nombreux jeunes s’intéressent au cinéma et à la culture cinématographique. À Hollywood, certains analystes les appellent la « Letterboxd Generation », faisant allusion à la plateforme. Boîte aux lettresoù des milliers de jeunes utilisateurs enregistrent et commentent les films qu’ils regardent.

Le professeur Lynn Spigel de l’Université Northwestern le résume ainsi dans des déclarations à atlantique: « Ceux qui se consacrent vraiment à l’apprentissage du cinéma l’ont toujours fait et continuent de le faire. » Son observation souligne un fossé au sein même des salles de classe, entre ceux qui entretiennent un profond intérêt pour le langage cinématographique et ceux qui abordent ces sujets avec des habitudes formées dans d’autres environnements audiovisuels.
Plutôt que d’annoncer la disparition du cinéma, le diagnostic des enseignants semble indiquer un changement fondamental : regarder un film complet n’est plus un acte automatique pour tous les élèves, mais plutôt une expérience qui nécessite un réapprentissage dans un écosystème dominé par la fragmentation et le multitâche.
Avec les informations de Le journaliste hollywoodien.