Quand on pense à Batman aujourd’hui, on imagine un justicier sombre, solitaire, torturé, plongé dans une Gotham corrompue.
Mais dans les années 50, l’univers de Batman était… très différent.
À cette époque, les comics abordaient des thèmes et mettaient en scène des situations qui, aujourd’hui, ne passeraient probablement plus du tout.
Et ce ne sont pas les fans ou les critiques qui l’ont décidé, mais bien l’histoire elle-même.
Des histoires étranges, presque absurdes
Les comics Batman de l’après-guerre prenaient parfois des tournures étonnantes, voire surréalistes.
Parmi les scénarios publiés dans les années 1950, on trouve :
- Batman transformé en bébé et poursuivant le crime en couche-culotte
- Robin devenant tour à tour cow-boy, pompier ou détective spatial
- Des histoires où Batman voyage dans le temps ou croise des extraterrestres
Mais au-delà de l’aspect kitsch ou fantastique, certains épisodes révèlent des éléments plus troublants à la relecture actuelle.
Des sous-entendus qui ont fait polémique
L’un des exemples les plus discutés concerne la relation entre Batman et Robin, telle qu’elle était représentée à cette époque.
Dans le contexte ultra-moraliste des années 50, un psychologue allemand, Fredric Wertham, publie en 1954 Seduction of the Innocent, un livre dans lequel il accuse les comics de corrompre la jeunesse.
Il y lit notamment dans la relation Batman/Robin une relation homo-érotique sous-jacente, pointant des scènes où les deux personnages dorment dans le même lit, vivent ensemble sans figure féminine, ou échangent des dialogues ambigus.
“Batman est une fantasmatique de l’évasion d’un jeune garçon, vivant avec un riche homme célibataire dans un cadre luxueux, et sans autorité parentale” – Fredric Wertham
Ce genre d’interprétation a conduit à une vague de censure, et à la création du Comics Code Authority, un organisme chargé de “normaliser” les contenus des comics.
Ce que le Comics Code a interdit dès 1954
Parmi les règles imposées :
- Interdiction de suggérer l’homosexualité, même de manière indirecte
- Pas de violence “excessive” ou d’armes à feu utilisées par les héros
- Éviter les références occultes, monstres, zombies ou vampires
- Obligation de présenter la loi et l’ordre comme vertueux
Résultat : les comics Batman deviennent beaucoup plus policés, moins sombres, et parfois franchement édulcorés.
Des dizaines d’histoires des années 50 seraient donc jugées inadaptées ou censurées aujourd’hui, non pas à cause de leur violence… mais à cause de ce qu’elles laissaient entendre ou suggéraient sans le dire.