Javier Bardem reconnaît qu’il pourrait se heurter à un veto à Hollywood mais maintient sa position sur Israël

Au milieu d’un climat de plus en plus tendu au sein de l’industrie audiovisuelle américaine, Javier Bardem, acteur espagnol oscarisé et l’une des personnalités les plus présentes sur la scène internationale, a publiquement évoqué les rumeurs d’un possible veto professionnel contre lui après son activisme en faveur de la Palestine. Tout en reconnaissant ne pas être surpris par ces versions, il a précisé que sa position n’a pas changé et que, pour lui, le débat va au-delà des conséquences sociales.

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La conversation a eu lieu lors d’un entretien avec Mehdi Hasan pour les médias Zéthéedans le cadre de la promotion de ‘All That’s Left of You’, un film réalisé par Cherien Dabis et présenté comme la candidature officielle de la Jordanie pour la prochaine édition des Oscars. Dans cet espace, Bardem a été directement interrogé sur les réactions que sa position a suscitées à Hollywood et sur les signes qui laissent présager une éventuelle distanciation des grands studios.

Y a-t-il vraiment un veto contre Javier Bardem à Hollywood ?

Au cours de l’entretien, Mehdi Hasan a rappelé que Bardem était l’un des signataires d’un engagement public, soutenu par environ 3.900 professionnels du cinéma et de la télévision, par lequel ils s’engagent à ne pas travailler avec des personnes ou des entités qui « justifient ou soutiennent le génocide à Gaza ». Partant de cette position, le journaliste a mentionné que la Paramount avait publiquement condamné cette initiative et que, selon des rapports internes et des rumeurs, David Ellison, le nouveau directeur du studio, aurait inclus l’acteur sur une supposée « liste noire ».

Bardem n’a pas confirmé l’existence d’un veto formel ni d’une liste officielle, mais il n’a pas non plus nié cette possibilité. En réponse, il a indiqué qu’il n’était pas surpris que de telles réactions se produisent à Hollywood. Cependant, il a souligné que le problème n’est pas tant dû à l’existence d’une liste noire, mais plutôt aux décisions que chaque partie prend dans le cadre de sa collaboration professionnelle.

En ce sens, il a expliqué que ce qui importe n’est pas de savoir si un studio décide de l’embaucher ou non, mais plutôt avec qui les cinéastes et les acteurs eux-mêmes choisissent de travailler à l’avenir, une dynamique qui, comme il l’avait prévu, sera définie dans les années à venir. Jusqu’à présent, Paramount n’a pas publié de communiqué officiel confirmant l’existence d’un veto contre Bardem ou d’autres artistes liés à ce type d’initiative.

La position de Bardem : critique des entités et non des personnes

L’un des points les plus délicats du débat a été l’interprétation des déclarations de l’acteur. Dans l’interview, Bardem a clairement fait une distinction qu’il considère comme fondamentale. Répondant aux accusations de discrimination ou d’atteintes à l’identité, il a déclaré :

« Nous n’allons pas contre les gens en raison de leur nationalité, ni à cause de leur religion, ni à cause de leurs origines ethniques. Nous nous opposons aux entreprises et, oui, aux entités qui soutiennent ce génocide, cet apartheid en cours et cette occupation illégale. »

Dans le même échange, l’acteur a qualifié la situation à Gaza de génocide en cours, déclarant que « ce qui s’est passé ces deux dernières années est un génocide total ». Bardem a également relativisé l’impact personnel que pourrait avoir un éventuel veto sur sa carrière, soulignant qu’être au chômage n’a « absolument aucune importance par rapport à ce qui se passe là-bas », en référence à la situation humanitaire dans la région.

Javier Bardem (Photographie de Nico Bustos)

Un débat qui dépasse un seul acteur

Au cours de la même interview, Cherien Dabis a expliqué que « Tout ce qui reste de toi » a rencontré des obstacles à sa distribution, malgré son bon accueil dans les festivals, en raison de la crainte de certaines sociétés de production de s’impliquer dans un sujet jugé politiquement sensible.

Dans ce contexte, les déclarations de Bardem reflètent une perception partagée par d’autres cinéastes : l’existence d’une autocensure industrielle qui ne se manifeste pas toujours par des vetos officiels, mais qui influence les décisions de financement, d’embauche et d’exploitation. Sans confirmer les mesures spécifiques des studios, l’acteur a laissé entendre que l’industrie traverse un processus de réarrangement idéologique qui marquera les années à venir.

Pour l’heure, Bardem maintient sa position sans nuances et suppose que ce positionnement pourrait avoir des conséquences sur sa carrière à Hollywood. Loin de se rétracter, l’acteur indique clairement qu’il est prêt à assumer ce coût, convaincu que le débat n’est pas seulement professionnel, mais aussi politique et moral.