« Tell Me Lies » s’est positionné comme l’un des drames les plus inconfortables et les plus évoqués lors du streaming récent. La série ne parie pas sur une romance idéalisée ou une rédemption facile, mais plutôt sur la façon dont une relation apparemment magnétique peut devenir un cycle d’épuisement émotionnel qui entraîne tout le monde autour d’elle. Avec l’arrivée de sa troisième saison, la conversation a été réactivée pour une raison précise : la véritable origine du personnage de Stephen et combien il y a d’autobiographique dans cette histoire.
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« Tell Me Lies » est-il basé sur des événements réels ?
« Tell Me Lies », disponible en Amérique latine via Disney+ (Star), adapte le roman du même nom publié en 2018 par Carola Lovering. Bien qu’il s’agisse officiellement d’une œuvre de fiction, l’auteur elle-même a confirmé que le livre (et, par extension, la série) puisait des éléments directs dans une relation personnelle marquée par la manipulation et la dépendance émotionnelle.
Dans un essai publié dans La coupeLovering a expliqué que pendant des années, il avait évité de répondre si Stephen était basé sur une personne réelle. La raison, écrit-il, était que « je ne voulais pas répéter publiquement quelque chose qui avait été une situation si toxique dans ma vie ». Pourtant, les témoignages constants de lecteurs qui disaient être « sortis avec un Stephen » ont fini par la pousser à clarifier l’origine du personnage.
Le vrai « Stephen » : une inspiration, pas un portrait littéral
Lovering a pris soin de tracer une ligne claire entre expérience et fiction. « J’ai été très hésitant – et effrayé – à parler du « vrai » Stephen, car même s’il y a certainement une personne qui a inspiré son personnage, cette personne n’est pas réellement le personnage », a-t-il écrit. « Et c’est une distinction que je dois garder intacte. »
L’auteur n’a jamais révélé l’identité de l’homme qui a inspiré Stephen. Dans son essai, elle décrit une relation qui s’est étendue depuis l’université et a duré des années, marquée par des allers-retours, des promesses ambiguës et la présence constante d’autres femmes. Lovering a reconnu que, même en sachant que la situation était néfaste, il s’est laissé emporter par l’intensité émotionnelle du lien :
« Derrière son regard et la manière dont il me parlait, il y avait un aimant, une contrainte inexplicable, aussi vitale que l’oxygène… Étant là avec lui, je n’obéissais qu’à l’impulsion de respirer. »
Cette logique, celle de confondre intensité et amour, est l’un des axes centraux du livre et de « Tell Me Lies ».
Écrire pour comprendre et boucler le cycle
La relation a pris fin lorsqu’il a décidé de partir, pas elle. Lovering a décrit cette fin comme dévastatrice, mais aussi comme un point de rupture nécessaire. « Ce qui m’a permis de guérir, je pense, c’est cet engagement envers l’introspection », a-t-il expliqué en réfléchissant au processus d’écriture.

Pour Lovering, l’acte d’écrire était le moyen d’organiser ce qui était vécu et de le comprendre plus clairement. Transformer cette expérience en récit fictif lui a permis de prendre du recul émotionnel et d’analyser le comportement de ce type de figure masculine qui a marqué sa vie, ainsi que les raisons pour lesquelles elle s’est elle-même retrouvée piégée dans cette dynamique. Le processus créatif fonctionnait comme une forme d’introspection : ce n’est qu’en construisant le personnage sur la page qu’il pouvait comprendre la véritable nature du lien et ses mécanismes de séduction et de tromperie.
L’auteur a également souligné que son expérience ne constituait pas une exception ou un cas isolé. Au contraire, il considère que ce type de relation se répète fréquemment et est généralement vécu en silence, chargé de honte ou de normalisation du dommage. Cette franchise est l’une des raisons pour lesquelles « Tell Me Lies » touche tant de téléspectateurs : la série ne présente pas une histoire extrême ou extraterrestre, mais plutôt une dynamique reconnaissable et inconfortable précisément parce qu’elle est proche.
Avec les informations de E.W..