« NAZA », le nouveau documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, rassemble les témoignages de 24 officiers et soldats des renseignements israéliens qui décrivent de l’intérieur certains des systèmes utilisés pour sélectionner des cibles et exécuter des attaques à Gaza. Le film, qui a reçu une ovation record de 24 minutes et demie à la Mostra de Venise, expose les mécanismes de surveillance, les calculs antérieurs des victimes civiles et les outils d’intelligence artificielle.
Cela pourrait également vous intéresser : Javier Bardem dit que le génocide à Gaza est un fait : « Si vous le justifiez par votre silence ou votre soutien, alors vous y êtes favorable »
Parmi les témoignages les plus convaincants figure celui d’un officier qui, lorsqu’on lui demande directement s’il considère que ce qui s’est passé constitue un génocide, répond : « Oui, absolument ».
Que signifie « NAZA » et que révèlent les responsables israéliens ?
Le titre du documentaire fait référence à un terme utilisé pour indiquer le nombre estimé de civils qui pourraient mourir en dommages collatéraux lors d’une attaque contre une cible donnée. Selon la revue publiée par Vautour (où il est qualifié de « l’un des films les plus importants de notre époque »), le film fait référence à des chiffres tels que 15, 20 et même 200 NAZA.
L’une des personnes interrogées se souvient d’une attaque contre un bâtiment où se trouvaient environ 500 personnes dans le but de toucher une seule cible. Les témoignages recueillis par Abraham et Szor soutiennent que ces opérations n’étaient pas de simples accidents ou des événements isolés, mais faisaient plutôt partie d’un système dans lequel le coût civil pouvait être connu avant de mener l’attaque.
Les 24 personnes interrogées apparaissent dans des conversations nocturnes filmées sur les toits de Tel Aviv, le visage caché et la voix modifiée pour protéger leur identité.
Dans l’un des moments centraux du documentaire, Abraham demande :
« Pensez-vous que c’est un génocide ?
La réponse est directe :
« Oui, absolument. »
Intelligence artificielle, surveillance et attaques contre les habitations
Les responsables décrivent également l’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle prédictive pour identifier les membres potentiels du Hamas sur la base de modèles de comportement. Selon leurs récits, ces outils pourraient produire des erreurs qui finiraient par affecter des innocents.
L’une des personnes interrogées explique qu’il était plus facile d’attaquer des maisons que de localiser directement certaines cibles, même si cela pouvait entraîner la mort de membres de la famille. Un autre résume l’expérience de participation à ces opérations avec une phrase particulièrement troublante :
« C’était comme un jeu vidéo. Tout se faisait à distance. »
Le documentaire aborde également le niveau de surveillance exercé sur Gaza. Selon des témoignages, les bâtiments étaient dotés de codes militaires spécifiques et il y avait des informations détaillées sur les personnes qui vivaient dans certaines zones, étages et pièces.
L’une des histoires décrit même le piratage des téléphones des filles pour savoir quand leurs parents sont rentrés chez eux et ensuite l’attaque de leur domicile.
Un film sans images explicites, mais difficile à ignorer
Malgré la crudité des témoignages, « NAZA » évite de recourir constamment à des images graphiques. Vautour Il décrit son style comme austère et délibérément clinique, la plupart des interviews étant filmées dans le paysage nocturne de Tel Aviv.
Ce contraste visuel occupe un rôle central : tandis que l’on raconte des histoires de familles assassinées à Gaza, la caméra montre des appartements illuminés où les gens cuisinent, étudient, regardent la télévision ou mènent leurs activités quotidiennes.

L’une des personnes interrogées se souvient avoir traversé des maisons détruites à Gaza et avoir trouvé des albums de famille et des manuels scolaires dans les décombres. Sa conclusion est brève :
« Nous avons effacé l’histoire. »
Un autre participant se souvient avoir visité la Pologne pendant son enfance et avoir appris l’histoire de l’Holocauste. Après avoir décrit sa propre implication dans les opérations, il déclare :
« Je crois toujours que les nazis étaient mauvais. Qu’est-ce que cela me fait ? »
Abraham et Szor, qui faisaient partie de l’équipe oscarisée pour « No Other Land », ont réalisé « NAZA » pendant trois ans. Les cinéastes ont expliqué qu’ils avaient accepté le projet en raison de leur position de journalistes et de cinéastes israéliens et de leur accès aux personnes directement impliquées dans l’appareil militaire.