Le réalisateur de « Backrooms » révèle comment il a amené l’horreur analogique d’Internet au cinéma

La terreur numérique a trouvé l’une de ses formes les plus inquiétantes dans les espaces liminaires : des couloirs vides, des pièces répétées, des lumières fluorescentes et des lieux qui semblent familiers, mais qui transmettent un sentiment de menace difficile à expliquer. Cet imaginaire, né et multiplié sur Internet, apparaîtra désormais sur grand écran avec « Backrooms », le nouveau film A24 réalisé par Kane Parsons, un créateur qui s’est fait connaître grâce à son travail sur YouTube et qui cherche désormais à transférer cet univers dans un format cinématographique plus large.

Comment une légende Internet devient-elle un film A24 ?

Dans une interview avec Indigo GeekKane Parsons a évoqué le processus d’adaptation de ‘Backrooms’ et a expliqué que son approche ne partait pas d’une mythologie fermée, mais d’une préoccupation visuelle très spécifique. Lorsqu’il a commencé à travailler avec cet univers, il n’existait pas encore une structure aussi développée autour du phénomène, sa première impulsion a donc été d’imaginer et de construire numériquement ces espaces étranges que de nombreux utilisateurs associaient déjà à l’esthétique liminale.

Le réalisateur a rappelé que son intérêt initial était de concevoir ces environnements en CGI et de les explorer comme s’il s’agissait de lieux réels. À partir de là, le court métrage viral de 2022 a gagné du terrain en ligne et a permis à l’idée de se développer au-delà d’une pièce expérimentale. Au fil du temps, Parsons a lié cette esthétique à une histoire de science-fiction qu’il avait déjà en tête, centrée sur un institut de recherche situé à San José qui entre accidentellement en contact avec ce monde impossible.

Bien qu’Internet ait développé de multiples interprétations des Backrooms, y compris des systèmes de niveaux et des théories de fans, Parsons a préféré ne pas s’appuyer entièrement sur ces versions. Son intention était de revenir à « l’ADN originel » du concept : le sentiment d’être dans un lieu quotidien, mais inquiétant, où la logique de l’espace cesse de fonctionner.

Un film pensé pour les fans, mais aussi pour les nouveaux spectateurs

L’un des principaux défis pour Parsons était de construire un film qui ne reposait pas uniquement sur les connaissances préalables des fans. Le réalisateur a reconnu que la communauté en ligne autour de « Backrooms » est particulièrement méticuleuse et analyse souvent n’importe quel détail visuel pour développer des théories. Mais il fallait aussi qu’un film A24 ouvre la porte à ceux qui n’ont jamais vu la websérie ou qui connaissent l’origine du phénomène.

L’adaptation ne cherche donc pas à répéter exactement ce qui a déjà été vu sur Internet. Parsons a expliqué que le long métrage inclut des images et des idées qu’il n’avait pas explorées auparavant dans ses vidéos, avec l’intention de provoquer une nouvelle expérience même pour ceux qui ont suivi son travail depuis le début. Plutôt que de proposer une explication totale du mystère, le film semble opter pour un malaise progressif, soutenu par des ambiances, des espaces vides et l’impression d’être devant quelque chose qui ne dévoile pas tout à fait ses règles.

Cette décision dialogue avec les premières réactions des critiques, qui ont décrit « Backrooms » comme une expérience d’horreur plus conceptuelle que conventionnelle. Certaines critiques ont souligné les débuts de Parsons comme une voix prometteuse dans le genre, tandis que d’autres préviennent que le film pourrait ne pas satisfaire ceux qui attendent des réponses claires ou de grandes scènes d’horreur traditionnelle.

L’architecture comme origine de la peur

Durant son séjour au Mexique, Parsons a également évoqué la possibilité de trouver l’inspiration dans les espaces quotidiens du pays. Le cinéaste a évoqué son intérêt pour les infrastructures, les bâtiments et les lignes électriques, éléments qu’il intègre souvent dans son travail visuel. Pour lui, les Backrooms fonctionnent comme une sorte de reflet déformé du monde réel : ils prennent des détails architecturaux reconnaissables et les agrandissent jusqu’à devenir des lieux étranges, répétitifs et presque impossibles.

Scène de la série de Kane Parsons sur Backrooms (image : YouTube)

Cette approche aide à comprendre pourquoi « Backrooms » ne repose pas uniquement sur des monstres ou des frayeurs directes. Sa terreur naît de la transformation du commun. Un salon, un couloir, un sous-sol ou un bureau peuvent devenir menaçants lorsqu’ils perdent leur contexte et semblent s’étendre à l’infini.

Avec « Backrooms », A24 s’engage dans un film qui relie l’horreur analogique, la culture du joueur, les creepypastas et la sensibilité d’une génération habituée à trouver ses cauchemars sur Internet. Pour Parsons, le défi n’était pas seulement d’adapter un phénomène viral, mais d’en faire une expérience cinématographique capable de préserver ce « sentiment étrange » qui a fait du concept une obsession numérique.