« Sirāt » propose un voyage différent du road movie typique. Óliver Laxe, réalisateur du film nominé aux Oscars, s’est inspiré d’un concept islamique pour construire une expérience spirituelle et sensorielle, où la culture rave est l’un des protagonistes. Le film raconte l’histoire de Luis (Sergi López), qui entre dans les fêtes clandestines pour retrouver sa fille avec laquelle il a perdu contact.
La musique et le son sont des éléments clés de « Sirat », qui cherche à être un voyage spirituel plutôt que physique. L’objectif de Laxe était d’envelopper le spectateur dans une expérience sensorielle, où les images et la conception sonore fonctionnent comme une sorte de transe.
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Une expérience sensorielle en quête de transcendance
Le film d’Óliver Laxe s’inspire du concept islamique de Siratle pont étroit et dangereux que, selon la tradition, chaque âme doit traverser l’enfer pour atteindre le paradis. Dès le nom du film, le réalisateur fait appel au caractère rituel et spirituel du voyage. Cette dimension du « Sirāt » se reflète dans les soirées underground et la culture rave.
Dans une interview avec « Gold Derby », Laxe a reconnu le côté autodestructeur des raves, mais insiste sur le fait que leur essence est cérémoniale. Explorez les fêtes clandestines comme moyen de « prier avec le corps ». Partant de son intérêt pour la psychothérapie Gestalt, le réalisateur conçoit la piste de danse comme un lieu où le corps révèle ses blessures, sa mémoire et sa fragilité.
Pour Laxe, il était essentiel de filmer une véritable rave et de travailler avec des non-professionnels. Montrer cette vulnérabilité était un élément central du projet : représenter des êtres humains qui recherchent la transcendance même en sachant qu’ils n’ont pas les outils pour y parvenir. À travers la musique, il cherche à immerger le spectateur dans un flux d’images et de sons, comme dans une « thérapie de choc ».
« C’est comme au cinéma. Apparemment, quand on est au cinéma, dans une salle, on pense qu’on est seuls. Ils éteignent la lumière et on est devant l’image. Mais il y a une relation subtile entre les gens dans la salle, comme sur une piste de danse. On veut que les gens reviennent au cinéma. Il faut le voir sur grand écran. C’est quelque chose qu’il faut voir avec le corps. »
« Sirat » comme un film à vivre absolument
Óliver Laxe conçoit « Sirāt » comme un film qui se vit et non seulement se regarde. La conception sonore du film est l’un des moteurs qui guident l’expérience du spectateur. Laia Casanovas, responsable du son, a travaillé avec son équipe pour que la composante sonore soit l’expression d’un monde intérieur.
Le son ne décrit pas seulement un lieu, en l’occurrence le désert, mais un état d’esprit. Casanovas souligne que le design sonore pousse le spectateur vers une perception différente, moins rationnelle et plus intuitive, où ce qui est entendu ne correspond pas toujours à ce qui est vu. La bande originale de Kangding Ray a été très importante en lui donnant cette dimension que propose le voyage de « Sirāt ».
« Nous avons travaillé ensemble un an et demi avant le tournage. Je suis allé à Berlin et nous avons pris notre temps. Je savais quel genre de voyage je voulais faire, de la techno aux sons ambiants, pour nous emmener dans une dimension plus ésotérique, éthérée et transcendantale. Nous ne sommes pas des génies. Nous sommes simplement des gens qui ont une confiance radicale dans le cinéma. »